L'harmonisation des pratiques médicales est de plus en plus d'actualité en Europe. En ce qui concerne la Médecine Interne, le SYNDIF participe depuis longtemps au débat européen et, en particulier, Patrick MORNET nous a, pendant de nombreuses années, représenté à la section européenne spécialisée de Médecine Interne (UEMS).
Les représentants actuels du SYNDIF a l'UEMS sont Jean Frédéric BLICKLE, qui est en outre Président de l'UEMS de Médecine Interne depuis juin 2002, et moi-même qui suis d'autre part Vice-Président (Président élu) de l'EFIM.
L'harmonisation européenne en matière médicale est une réalité de plus en plus tangible en Europe. Chacun connaît les directives européennes sur les questions de sécurité alimen-taire, de médicaments, de dispositifs médicaux, de santé en général. Chacun sait qu'aujour-d'hui les autorisations de mise sur le marché sont délivrées à l'échelle européenne et que ce type d'autorisation est automatiquement valable pour tous les état membres. Plus proche de nos préoccupations, on doit souligner le fait que tous les médecins européens, y compris les spécialistes sont autorisés à pratiquer dans tous les pays membres de l'Union Européenne.
En ce qui concerne l'organisation médicale professionnelle au niveau européen, l'essentiel du point de vue professionnel se fait sous l'égide du Comité permanent des Médecins Européens qui regroupe 3 organisations : UEMO pour les médecins généralistes, l'UEMS pour les médecins spécialistes (comportant 34 sections spécialisées) et la réunion des ordres nationaux des médecins.
Pourtant la tâche n'est pas facile, notamment du fait des diversités entre systèmes : certains états ont des systèmes de santé totalement étatisé comme le Royaume Unis, les Pays-Bas, la Suède… d'autres au contraire ont des systèmes mixtes pour une part étatisée et pour une part privée comme c'est le cas en France, en Italie, en Espagne, en Allemagne… Le pourcentage de Produit National Brut consacré au système de santé varie également énormément d'un pays à l'autre avec des extrêmes de 7 à 13 %. Il en est de même des revenus des médecins. Enfin, la densité médicale est également très différente d'un pays à l'autre puisqu'elle va de 175 médecins pour 100 000 habitants au Royaume Uni à 578 pour 100 000 en Italie.
En ce qui concerne la Médecine Interne, dont la définition pose déjà des problèmes en France, il est évident qu'il est bien difficile de trouver une définition européenne commune qui puisse prendre en compte toute les spécificités nationales. Ainsi dans certains pays, la Médecine Interne est elle affaires d'internistes "généraux", alors que dans d'autres, elle est surtout la base de sous spécialités, peu d'internistes exerçant une Médecine Interne "générale". Par contre, la formation, est globalement basée sur un tronc commun à la Médecine Interne et à l'ensemble des spécialités médicales. Seuls 4 pays échappent à cette règle du tronc commun au sein de l'Union Européenne : la France, l'Italie, l'Espagne et le Portugal. Malgré cette diversité et ces limites, il y a d'un autre coté des éléments qui plaident en faveur de l'harmonisation. Le premier est très général mais a une importance notable : c'est que les principes et les valeurs professionnelles sont les mêmes d'un pays à l'autre. L'autre point positif est que la majorité des médecins et des décideurs en matière de santé se sentent concernés par quelques sujets majeurs comme : la durée et la qualité de la formation, la manière d'acquérir la qualification et éventuellement une ré-accréditation, et enfin, les modalités de validation de la formation médicale continue et du développement professionnel continu.
Une harmonisation à l'échelle européenne au sein d'une spécialité comme la Médecine Interne devrait déboucher sur des avantages parfaitement exploitables :
- défendre et promouvoir une Médecine Interne renforcée car unifiée,
- encourager la collaboration professionnelle et scientifique entre les différentes sociétés nationales de la spécialité,
- faciliter la circulation des internistes entre les pays,
- et enfin, d'une façon plus générale, améliorer la qualité générale des internistes grâce à la définition des meilleurs standards en terme de formation et d'évaluation.
Le travail actuellement en cours est réalisé par un board de Médecine Interne qui est composé de 8 membres issus d'une part de l'UEMS de Médecine Interne et d'autre part de l'EFIM. Le terme anglais board correspond à un collège ou à un conseil de spécialistes reconnus et qui sont chargés d'améliorer la qualité au plus niveau possible et d'harmoniser la formation, les modalités d'évaluation et la formation médicale continue. Le meilleur exemple de fonctionnement d'un board de Médecine Interne peut être donné par le board américain. Certes la spécificité de la Médecine Interne américaine est très différente de la notre puisqu'il s'agit pour schématiser, d'un intermédiaire entre la médecine générale et la médecine interne telle que nous la concevons avec une large place à la médecine de ville. Mais la Médecine Interne américaine correspond aussi à une médecine hospitalière beaucoup plus proche de celle qui est pratiquée par la majorité des internistes français. Ceux qui sont intéressés peuvent consulter le site web de la l'American Board of Internal Medicine (www.abim.org). En Europe, plusieurs spécialités ont déjà construit des Boards. Il y a au moins 4 exemples de Boards déjà opérationnels et qui ont produit des recommandations consensuelles en matière de certification des spécialistes et d'évaluation des formations médicales continues : Urologie, Oncologie, Cardiologie et Pneumologie. En ce qui concerne la formation médicale continue, il s'agit en pratique de pouvoir bénéficier de crédits ou points en assistant à des congrès dans un autre pays que le sien, à condition bien entendu que ces congrès aient été agréés par le Board.
Le Board européen de Médecine Interne est composé de 4 membres de l'UEMS : Pr Jean François BLICKLE (France) qui en est le président, Pr Gounila BRENNING (Suède), Pr Nina WEIS (Danemark), Dr John KELLET (Irlande) et de 4 membres de l'EFIM : Pr Jaime MERINO (Pdt de l'EFIM et Vice-Pdt du Board), Pr Alberto MALLIANI (Italie), Pr Stephan LINDGREN (Suède) et Pr Daniel SERENI (France). Les membres du Board ont été désignés par les deux organisations. Il y aura une présidence alternée. La première réunion du board a eu officiellement lieu en septembre 2002 en Espagne. Trois priorités ont été définies avec une date butoir pour fournir des propositions fixées à septembre 2003 :
- bâtir un certificat européen de Médecine Interne ou si l'on préfère un diplôme européen de Médecine Interne,
- déterminer des modalités de formation et d'évaluation de cette formation commune aux différents pays,
- proposer des modalités et une évaluation commune de la formation médicale professionnelle continue.
Le besoin d'une amélioration ou d'une "qualification" européenne en Médecine Interne pourrait devenir plus pressant si la nouvelle directive européenne sur la circulation des médecins est confirmée (directive du 7 mars 2002). En effet, elle ne reconnaît actuellement que 17 spécialités parmi lesquelles la Médecine Interne ne figure pas.
Je remercie par avance ceux d'entre vous qui m'adresseront leurs remarques ou suggestions.
Professeur Daniel SERENI
Président du SYNDIF